(. . .) Sil y a dans ce que je fais une certaine cohérence, elle est peut-être plus liée à une situation qui nous appartient à tous les uns et les autresdans laquelle nous sommes tous prisplus quà une intuition fondamentale ou pensée systématique.
(. . .) Tâche de la philosophie : dire qui nous sommes, quest-ce que notre présent ? Une question qui naurait pas eu de sens pour Descartes, qui commence à avoir du sens pour Kant (Was ist Aufklärung ? ), en un sens la question de Hegel et de Nietszche.
(. . .) Alors comment jen suis venu à ce genre
de question ? 2 mots sur notre histoire intellectuelle aux uns et aux autres
; vers 1950, le mode danalyse phénoménologique était
la philosophie dominante sans « despotisme » mais quand même
un style général danalyse qui revendiquait lanalyse
du « concret ». On peut de ce point de vue rester un peu insatisfait
car ce « concret » restait un peu académique, universitaire,
vous aviez des objets privilégiés :lexpérience
vécue
ou la perception dun arbre à travers la fenêtre du bureau
enfin je suis un peu sévère mais. . . bon. . . le champ
dobjet était prédéterminé par une tradition
philosophique et universitaire quil valait peut-être la peine
douvrir.
=>2ème forme de pensée dominante :le marxisme
=>3ème courant en France lhistoire des sciences avec Bachelard
et Cavailles.
Je me suis posé aux croisement de ces courants. Par rapport à
la phénoménologie «Est-ce quil ne faut pas faire lanalyse
dexpériences collectives et sociales. Par exemple la folie :le
champ social, institutions et pratiques quil faut analyser et pour lesquels
les analyses marxistes sont comme des habits de confection mal ajustés.
. .
Et aussi à travers des expériences collective :comment peut-on
faire lhistoire de lemergence dune connaissance et comment
des objets nouveaux peuvent se présenter comme objets à connaitre.
Alors ça donne si vous voulez ceci :Est-ce quil y a une expérience
de la folie caractéristique dun type de société comme
les notres, comment cette expérience a-t-elle pu se constituer, comment
elle a pu émerger et à travers cette expérience, comment
la folie sest-elle constituée comme un objet de savoir pour une
médecine qui se présentait comme médecine mentale. Ce qui
donne en gros :à travers quelles transformations historiques, quelles
modifications institutionnelles sest constituée une expérience
de la folie avec le pôle « subjectif »de lexpérience
de la folie et le pôle « objectif » de la maladie mentale.
(. . .) Expériences limites à partir de quoi est remis en question ce qui est considéré dordinaire comme acceptable. Histoire de la folie=>interrogation sur notre système de raison, pensée médicale par rapport à lexpérience de la mort, le crime comme point de rupture avec la loi etc.
(. . .) La question du pouvoir a été marginalisée, simplifiée par la question des fondements juridiques ou des rapports de production. Le pouvoir ne fonctionne pas à partir de son fondement, il y a des pouvoirs non fondés qui fonctionnent très bien et des pouvoirs fondés qui finalement nont pas fonctionnés !
(. . .) le pouvoir cest lexercice dune gouvernementalité : par exemple au moyen-âge, la vie quotidienne des gens nétait pas important tandis que maintenant par exemple le type de consommation des gens est important économiquement et politiquement, le nombre dobjets a considérablement augmenté.
(. . .) Lhistoire que je fais : 1. part de lactualité 2. choisit comme domaine danalyse des points « fragiles » ou « sensibles » de lactualité. Je ne concevrais guère une histoire qui serait proprement spéculative. Le jeu, cest dessayer de détecter parmi les choses dont on na pas encore parlé, quelles sont celles qui donnent des indices de fragilité dans nos pratiques, nos réflexions etc. Par exemple les prisons :lévidence que la privation de liberté est la forme la plus juste, simple, équitable :cela nétait pas tellement interrogé. Or jai voulu montrer que cela était quelque chose de récent, invention technique, rationalité de la fin du XVIIIème siècle. Il sagit de rendre les choses plus fragiles : montrer la logique des stratégies à travers lesquelles les choses se sont produites et montrer que ce ne sont pourtant que des stratégies et que du coup ce qui paraissait évident ne lest pas. De même notre rapport à la folie est historiquement constitué donc peut-être politiquement détruit. Réintégrer les évidences de nos pratiques dans lhistoricité même de ces pratiques et du coup les déchoir de leur statut dévidence pour leur redonner leur mobilité.
(. . .) Je fais lhistoire des problématisations cest à dire lhistoire de la manière dont les choses font problème, comment et pourquoi la folie a-t-elle fait problème (à travers la naissance de la psychanalyse), comment et pourquoi notre rapport à la sexualité a-t-il fait problème ?
(. . .) Je me suis toujours intéressé au droit : la question est de savoir comment des technologies de gouvernement peuvent prendre forme dans une société qui prétend fonctionner au droit. Je croise le droit sans le prendre comme objet central.
(. . .) Si Dieu me prête vie, jétudierai la guerre et linstitution de la guerre dans la dimension militaire de la société.
(. . .)
A. Berten: Et nous espérons tous que Dieu vous
prêtera vie.
MF: Je ne Lui souhaite pas !